• CHAMPOL - Cadette de Gascogne

    CHAMPOL - Cadette de Gascogne

    La couverture est très belle, très art-nouveau (d'ailleurs le roman date de 1900). Nous l'avons acheté pour une bouchée de pain. Ce qui au poids du livre est une bonne affaire.

    Il a été offert en 1908 à Blanche Legrix. Elle était pensionnaire à l'institution Jeanne d'Arc à Argentan.(Si quelqu'un sait à quelle classe correspond d'ailleurs le "1er Cours 1ère Division", je suis preneur de l'information.)

    CHAMPOL - Cadette de Gascogne

     

    La couverture est belle et l'ouvrage est parsemé de jolies gravures.

    C'est l'histoire de Marcienne, jeune fille de 21 ans qui habite les Landes, dans la commune de Lannemajou. C'est la fille d'un sénateur. Elle fréquente le curé et son cousin du nom de Philippe. Et son éducation est faite par une vieille fille qui ne pense qu'aux études. Sa mère est morte alors qu'elle était très jeune, partie en Amérique et elle n'en garde qu'un portrait ainsi qu'un grand vide qui ne demande qu'à être comblé. (Vous voyez où je veux en venir)

    Nous rencontrons après la présentation la famille Caussade; Ce sont des parvenus qui ont racheté le château local après avoir fait fortune en Amérique. Philippe, lui, est désargenté (Vous voyez où je veux en venir). Les Caussade sont vulgaires, pas beaux. Le fils Caussade est jeune et déplaît fortement à Marcienne ("je ne veux pas épouser un singe"), alors que Philippe, lui a 41 ans et a de la prestance.(Vous voyez où je veux en venir)

    Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si Mme Caussade ne venait glisser à l'oreille qu'elle aurait connu quelqu'un qui lui est proche...

    Le roman est plutôt plat, bien écrit mais linéaire avec une Marcienne sans aucune consistance, totalement passive face aux événements. C'est d'ailleurs Philippe qui viendra à la fin "sauver" Marcienne des griffes de vils profiteurs.

    ...

    Parfois quand la couverture est belle, l'intérieur ne sent pas très bon, telle la pourriture derrière le parfum. Certes Marcienne est une jeune fille qui ne demande qu'à se marier avec la bonne personne pour "combler ce vide". Certes elle est passive. Certes elle représente un monde du passé. Mais on pourrait lui pardonner tant cela était sûrement illustratif d'un certain monde entre religion, notables et valeurs conservatrices. Les caractères des personnages sont naïvement illustrés leur physique: les vertueux sont beaux et droits alors que les mauvais sont laids, mous, aux traits animaliers)

    Cependant une phrase de Philippe quand on lui présente les Caussade vient faire écarquiller les yeux et les valeurs morales du lecteur:

    CHAMPOL - Cadette de Gascogne

    Car chez Champol (qui reçoit le prix Montyon de l'Académie Française en 1899 pour un autre roman, sorte de prix de vertu) les méchants, les mauvaises personnes sont juives. Le portrait est parfois étrange mais on retrouve chez eux (Mme Caussade, sa fille et son garçon) des traits communément admis chez les antisémites. Ils sont cosmopolites, sans attache au niveau du terroir, âpres au gain, fourbes, comparés régulièrement aux animaux (leurs mains sont des griffes, leurs nez sont longs)

    Et c'est Philippe, le personnage positif, attaché à sa région, droit, vertueux, qui sauve Marcienne de ces gens ,qui porte ce discours. C'est lui qui démasque la supercherie et la fourberie de ces individus qui se cachent derrièer un autre nom et une autre religion.

    CHAMPOL - Cadette de Gascogne

     

    Que tirer de cette lecture?

    L'air du temps en direct (ou presque). On sait que l'antisémitisme en France a divisé la population (l'affaire Dreyfus date de 1894) et a perduré après. Quand on pense que ce livre a été offert en 1908 à une jeune fille...

    Alors, quand aujourd'hui on parle d'islamophobie structurelle la comparant à l'antisémitisme du début du XXème, j'aurais envie de faire lire ce type de littérature et de faire considérer aux personnes qui défendent ce type d'idée le type d'ouvrage qu'on valorisait et faisait lire aux jeunes personnes de l'époque.

    Donc un livre qui ne vaut que pour une sorte d'échantillonnage d'un antisémitisme bien ancré dans les moeurs.

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