• COLETTE - Claudine en ménage

    COLETTE - Claudine en ménage

    COLETTE - Claudine en ménage

     

    Claudine est mariée à Renaud. Malgré elle. Elle l'aime mais elle aurait préféré garder une forme de liberté. Elle aurait préféré être -seulement- sa maîtresse.

    Dans cette troisième partie de la série des Claudine, Colette fait plonger son personnage éponyme dans la vie conjugale. Mais avec des particularités. Elle doit avoir 19 ans, Renaud a l'âge de son père et on sent bien que ce n'est pas un couple comme les autres. Il suffit de les suivre en voyage de noce avec un arrêt à Montigny pour se rendre compte de leur liberté d'esprit avec les autres ou même entre eux.

    Et c'est la rencontre avec Rézi, jeune femme charmante, mouvante, délicate qui fait basculer de nouveau Claudine vers ses amours féminines. Elle passe un surprenant contrat avec son mari.

    Sans dévoiler le contenu, ce qui continue peut-être d'étonner, c'est la liberté toujours réclamée par Claudine, et sa volonté d'être juste elle-même sans étiquette. 

    « Presque chaque soir, à sept heures, au sortir d'un thé, d'un bar où Rézi se réchauffe d'un cocktail, où je grignote des frites trop salées, je songe, avec une rage silencieuse, qu'il faut m'habiller et que Renaud m'attend déjà en ajustant ses boutons de perle. Grâce à ma coiffure courte et commode, je dois avouer – ma modestie en saigne ! – que j'inquiète également les femmes et les hommes.
    À cause de ma toison coupée et de ma froideur envers eux, les hommes se disent : « Elle est pour femmes. » Car, cela frappe l'entendement, si je n'aime pas les hommes, je dois rechercher les femmes, ô simplicité de l'esprit masculin ! »

    La liberté de ton se retrouve aussi dans les fantasmes (qui seraient condamnés aujourd'hui) devinés chez les uns et les autres lorsque le couple se retrouve dans l'école de Montigny auprès des jeunes filles qui s'y trouvent désormais.

    « Je pille, pendant ce temps, un paquet de chocolats, aidée silencieusement, mais vite, par la paire de sœurs. La petite main d'Hélène va et vient du sac à sa bouche, infatigable, sûre… Qui eût pensé que cette bouche menue fût si profonde ! »

    ou encore

    « La perfidie de ce ton maternel m'amuse, à la longue, et allume dans les yeux de Renaud une noire et dangereuse lumière que je connais bien. Il regarde Pomme, et voit Claudine, Claudine à quatorze ans, et ses jambes montrées « jusqu'aux yeux » (jusqu'au yeux, Mademoiselle ! Le ton de la maison a singulièrement haussé, depuis mon départ). Il regarde Hélène et voit Claudine à califourchon sur une rampe d'escalier, Claudine et ses gestes narquois tachés d'encre violette… La nuit sera chaude… »

    Mais au-delà de cette liberté de ton, ce qui est manifeste, c'est une qualité narrative qui éclôt. Le récit n'est pas linéaire et oscille parfois entre récit au présent et souvenirs. Et la mise en place des relations entre Renaud, Claudine et Rézi est une forme de rite d'initiation. Les évocations de la nature (Montigny) de par leur richesse d'expression et de description contraste avec Paris où Claudine ne semble pouvoir laisser s'exprimer tout son lyrisme, toute son expression.

     

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