• Jean GUEHENNO - Journal des années noires

    Jean GUEHENNO - Journal des années noires

     

    envoi:

    "A Monsieur et Madame Duchemin, ce journal d'un temps qu'on voudrait oublier, en respectueux hommages"

    Jean GUEHENNO - Journal des années noires

    Pourquoi je tiens ce journal ? Pour me souvenir, pour mettre en moi, dans ma vie, un peu d’ordre. Par discipline et comme on fait des exercices. Mais le fâcheux serait que je me contente de ces notes, de ces fragments sans suite et sans rythme. Tout cela ne peut faire un livre. Un grand livre est un rythme qui s’impose au lecteur, qu’il épouse nécessairement, sans même s’en rendre compte, comme on prend le pas d’un compagnon. Puissé-je une fois écrire un livre qui relève le pas. Un journal ne dit guère que d’où l’on vient et c’est où l’on va qui importe, où on veut aller, et cela ne peut être dit que dans des livres, des oeuvres méditées, composées par notre volonté.

    Jean Guéhenno, écrivain, enseignant à Louis le Grand décide durant l'occupation de tenir un journal. C'est l'occasion pour lui de décrire ses sentiments, noter ses impressions.

    C'est un ensemble hétérogène. Il y est question de ses relations proches, de ses liens avec ses élèves, de sa mission d'ensrignant en cette période troublée par l'apparition de jeunes pétainistes face à lui, de ses considérations littéraires (il parle entre autres de Pearl Buck:

    "Pearl Buck a construit tous ses livres sur cette grande intuition. Car il n’y a qu’un homme au monde, qu’un destin, et l’unité de ce destin emporte toutes les différences, toutes les étrangetés exotiques."

    Il parle aussi du milieu littéraire parisien, des auteurs qui refusent de publier, ceux qui publient, (collaborateurs ou encore pire collaborationnistes). Il parle beaucoup de jean Paulhan. Il évoque souvent Gide, symbole à ses yeux d'une époque narcissique, détachée du temps, superficielle.

    Régulièrement aussi, Jean Guéhenno parle des grands auteurs qui ont fait une sorte de pensée française (Rousseau, Voltaire, Hugo et aussi Renan qu'on a oublié aujourd'hui et qui mérite peut-être d'être redécouvert)

    Il évoque bien sûr comme tout Français les positions des Pétain, Laval, Déat, Doriot... inscrivant son présent dans la connaissance que nous avons du passé)

    Jean Guéhenno évoque aussi son idée de la France et de l'Europe, seule idée selon lui et d'autres (pensons à Zweig, à Jules Romain) de sauver les hommes à travers les Nations. Je crois d'ailleurs qu'on ne peut comprendre l'idée de l'Europe aujourd'hui décriée sans relire ceux qui l'ont pensée depuis l'entre-deux-guerre puis après 1945.

    C'est d'une belle écriture, en homme de lettres que Jean Guéhenno décrit cette période. Le journal se lit lentement, composé de pièces diverses, écrivant ses désespoirs et ses espoirs, sa vision du temps, ses envies d'écriture, ses ambitions pour l'avenir. Un bel ouvrage qui se déguste.

     

    Je me vante quelquefois de n’aimer pas croire. Ce qui est plus eexact, c’est que j’aimerais mieux penser et savoir et je sais qu’il faut croire le moins possible pour penser le plus possible. Mais je suis un animal pieux, et toute ma vie est celle d’un homme de foi.

    Et il fallait avoir un peu de foi en l'homme ou dans la nécessaire décomposition des totalitarismes pour oser penser contre la puissance.

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