• Pierre-André TAGUIEFF - Le sens du progrès

    Le sens du progrès - une approche historique et philosophique

    Je crois que c'est la première fois que je lis un ouvrage sur l'histoire des idées, d'une idée ici plus précisément. Je pense que c'est un livre qu'on ne peut pas lire avant d'avoir une certaine culture. A 20 ans et même à trente me concernant, j'aurais été totalement ignorant de la quasi totalité des auteurs cités et des concepts qui y sont développés.

    Car le sujet est complexe. Qu'est-ce que le progrès?

    Quelle est cette notion? Quand est-elle apparue? Que recouvre-t-elle au fil du temps? Quelles valeurs porte-t-elle? Quels sont les auteurs qui en ont été les thuriféraires? Quels sont ceux qui en ont été critiques? quelles en sont les conséquences aujourd'hui?

    Il sera difficile d'en faire un résumé tant l'ouvrage de Taguieff est dense. Petit aperçu.

    En reprenant Mircea Eliade et peut-être l'hypothèse autour de la vision eschatologique du monde, nous quittons la vision cyclique du temps pour entrer dans une vision linéaire avec un présent, un passé et un futur.

    "Le présent est gros du futur" dit Leibniz. Comment penser alors l'avenir?

    Le progrès est certainement cette illusion technique, sociologique (cette religion séculaire selon raymond Aron) qui fait que nous pensons (et surtout au XVIIIème et XIXème siècle) que les lendemains chanteront. Ce sera l'avènement du planisme, de la technophilie allant certainement jusqu'aux justifications de l'eugénisme du XIXème pour prévenir les malheurs du futur. cf le positivisme de Saint-Simon et de Comte et ses fameuses étapes (religion, métaphysique, positivisme) telle une marche implacable vers la sagesse et la raison.

    Et puis viendra le XXème siècle avec son cortège d'horreurs amplifiés par la technique, âge de la désillusion rendant peut-être compréhensible les mouvements technophobes du XXème siècle.

    Le progrès dépassant son sens premier d'avancée physique, prend un sens plus métaphorique de meilleur. (Vous savez toutes ces métaphores creuses autour du chemin, du "devenir soi-même"), le progrès n'est-il pas finalement aussi un concept qui nous empêche de penser le présent? 

    Et au-delà de ces illusions (que contrôlons-nous de notre zeitgeist?), quelle valeur morale donner au progrès? Car après tout, nous avons toujours tendance à moraliser la question du vrai et du faux, c'est même le coeur des idéologies. Nous sommes arrivés à un âge, à une sorte de palier entre développements technique moindre au niveau du spectaculaire mais néanmoins continu mais aussi de mouvements de remise en cause importante (catastrophisme, principe de précaution). Nous sommes arrivés à un âge où la notion du progrès n'est plus cette promesse dorée, cet élan civilisationnel. Comment appréhender alors ce futur qui nous échappe (indétermination, contingence)? Le livre n'y répond bien sûr pas.

    C'est donc un livre dense, riche de notions, de mise en relations historiques d'auteurs et d'idées pour toucher du doigt ce progrès qui même s'il n'est plus au panthéon des idées bienfaitrices envahit toujours nos imaginaires qu'ils soient techniques, idéologiques ou politiques.

    Du côté des auteurs que j'ai lus, on peut retrouver dans le désordre Mircéa Eliade, Marx, Ellul,Renan, Boudon, Aron. Il me reste encore tant d'autres à lire!

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