• Pierre MILZA - "L'année terrible"

    Pierre MILZA - "L'année terrible"

    "L'année terrible" est une référence à Victor Hugo, à un ensemble de poèmes qui recouvre la guerre franco-prussienne puis les événements de la Commune. Ce à quoi s'attache Pierre Milza de sa plume d'historien.

    Rien ne m'amenait à lire un ouvrage sur cette guerre. la fin du Second Empire, Sedan...

    Rien si ce n'est la petite musique de la Commune qui est fredonnée à l'extrême-gauche de l'échiquier politique. Rien ne m'agace davantage aujourd'hui d'entendre ou de lire des personnes critiquer certains mythes historiques tout en les remplaçant par d'autres mythes. L'histoire n'a pas à être un objet partisan. Elle a été. Nous comprenons mal les hommes d'aujourd'hui. Nous comprenons encore plus mal ceux d'hier et certains d'entre-nous pensent pouvoir s'y identifier? Quel aveuglement! La tâche de l'historien est de rendre compte. Celle du commun dont je fais partie est de comprendre. Juger? C'est bon pour les orgueilleux.

    Le passé est un autre pays

    Et en cherchant un ouvrage qui ne serait pas trop partisan, loin d'une apologie communarde, loin d'un fantasme politique, et d'un romantisme de la défaite, je suis tombé d'avis en avis sur ce double ouvrage dont je viens de lire le premier tome qui couvre la guerre franco-prussienne.

    Comment lire la Commune et sa répression (que l'auteur considère "sans nul doute" comme un crime contre l'humanité) sans penser son antériorité, sans penser la panorama politique de l'époque qui s'est incarné dans des positions des hommes? C'est tout le cadre de ce volume.

    Plusieurs points émergent pour le néophyte de cette période que je suis:

    • l'élaboration de nouvelles forces en présence à travers l'Europe: une Italie nouvellement réunifiée, une Prusse qui devient hégémonique et qui se sert de la France pour constituer son Empire
    • une sous-préparation de la guerre, une hiérarchie militaire souvent incompétente (je pense à Marc Bloch qui en fera la même analyse en 1940), une industrie militaire française en retard face à celle de la Prusse.
    • Une Eugénie (un personnage qu'il faudra peut-être creuser) qui tient une grande place aux côtés de Napoléon III.
    • Des discours déjà présents sur un supposé complot des autorités et du gouvernement contre le peuple alors que les défaites peuvent s'expliquer largement par l'incompétence des hauts gradés et des indécisions du pouvoir politique.
    • La place centrale de Paris. La France toujours jacobine fait de la place parisienne, le coeur vibrant de la République, celle qui ne doit pas abandonner le combat.
    • les clivages entre les hommes politiques: ceux qui comprennent très tôt que le carnage à venir sera sans issue (Thiers) et les bellicistes (les parisiens, Gambetta)
    • Les clivages d'ailleurs qui à la morale d'aujourd'hui ne recouvrent pas nos positions: c'est Thiers qui représente la démocratie bourgeoise qui veut très tôt éviter les morts car il comprend la défaite à venir et c'est Gambetta, représentant du peuple qui, jusqu'au-boutiste accompagnera de son autorité les déploiement des armées allant au devant d'hécatombes assumées au nom de l'honneur.
    • Les tensions politiques étaient déjà bien présentes entre les communards (pensons aux expériences avortées de Marseille et de Lyon) et les démocrates modérés, ainsi que les conservateurs royalistes
    • Les élections de 1871 ont porté au pouvoir une assemblée élue démocratiquement faisant la part belle aux conservateurs (comme après la Révolution de 1848 lorsque verra Louis-Napoléon Bonaparte sera porté au pouvoir lors des élections de décembre)
    • Une division importante (que l'on peut retrouver aujourd'hui d'ailleurs entre la Province et les villes) de la population qui se traduit dans les élections: les villes votent pour les Républicains et la province et les campagnes pour les conservateurs.
    • Une crainte permanente d'une révolte aidée par les corps franc qui amènerait un renversement de la République en devenir.

    Un bon ouvrage.

    Les chapitres sont courts. Les parties sur les stratégies militaires, les mouvements de troupe ne m'ont pas passionné mais elles sont nécessaires pour comprendre l'état d'esprit des hommes et mieux appréhender la défaite.

    Bientôt le tome second: la Commune.

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