• Pierre MILZA - "L'année terrible" La Commune

    Pierre MILZA - "L'année terrible" La Commune

    Voici donc la deuxième partie du travail de Pierre Milza. Après avoir analysé la guerre franco-prussienne, la défaite française, la chute de l'Empire et les remous politiques entre Thiers et Gambetta, entre les jusqu'au-boutistes et capitulards, voici le récit de la Commune.

    Avant toute chose, je dois dire que je suis très satisfait du ton de l'ouvrage, cherchant à éviter les partis-pris, les jugements, nous avons affaire à un travail qui se veut neutre dans son récit ne cherchant pas à héroïser les communeux (ou communards), ni à faire oeuvre (de l'autre côté) de justification des massacres opérés par les "Versaillais".

    La neutralité axiologique, c'est ce que je cherchais.

    A travers ce récit, dès le début on ressent l'immense tragédie qui est en train de s'écrire car au-delà) même de la connaissance de crimes qui vont être perpétrés de chaque côté, on sent immédiatement qu'il était très difficile d'y échapper. Nous pouvons, certes, nous devons éviter lire l'histoire à la connaissance de son issue. Il peut y avoir dans la contingence des issues, des voies alternatives.

    Milza traite biens sûr des combats mais analyse aussi le peuple de Paris, la composition des forces en présence.

    Cependant, ici, au vu des forces en présence, nous avons le grave sentiment qu'il ne pouvait en être autrement. Les objectifs politiques, les positions, les espérances, les oppositions étaient telles...

    • l'humiliation de la France et de l'armée française qui va chercher à se reconstituer
    • Cette même armée qui souhaite en quelque sorte se reconstruire sur une victoire
    • l'opposition de la part des parisiens à l'élection légitime de l'Assemblée
    • l'opposition entre communeux, souhaitant l'autogestion et une centralisation jacobine qui ne souhaitait pas voir la France se défaire alors que l'Empire Allemand devenait la principale force européenne.
    • la place de Paris tellement symbolique qu'elle était une sorte de trophée pour les deux parties à la face du monde.
    • une population parisienne souvent misérable aux ambitions diverses entre les petits artisans, le "lumpenprolétariat", les prolétaires aux conditions de vie difficiles
    • les divisions internes à la commune: proudhoniens, blanquistes
    • le byzantinisme interne aux communeux empêchant les prises de décision (Tiens cela me rappelle le bavardage de Nuit debout ou celui raconté dans le journal d'une Communauté)
    • la défaite annoncée tant les forces en présence étaient déséquilibrées malgré un moment au mois de mai qui aurait pu voir l'armée des fédérés marcher sur Versailles.
    • L'imaginaire de la révolution ,de l'armée du peuple qui avait remporté la victoire à Valmy, qui a leurré les corps francs.
    • Les pétroleuses (le terme vient de là) qui ont aidé à mettre à feu certains bâtiments à Paris.
    • les généraux fusillés début mai ont attisé la rage des généraux qui dirigeront l'attaque sur Paris.
    • les massacres gratuits des Versaillais (Milza en tire un bilan de 20000 entre les combats et les fusillés)
    • Une République qui après la défaite refait son unité sur une victoire et qui se prépare à se battre de nouveau contre l'Empire Prussien pour récupérer l'Alsace et la Lorraine.
    • ...

     

    Quelles leçons tirer de tout cela? Pour faire de l'anachronisme, les massacres qui ont eu lieu recevraient aujourd'hui le qualificatif de crime contre l'humanité. Adolphe Thiers fonde la IIIème République et permet de façon assez lucide de recomposer l'unité de la France.

    Que dire des espérances des communards? Sont-elles belles? Sont-elles radicales? Difficile à dire. Elles sont certainement illusoires et suicidaires pour l'époque. Et Les trois mois de la Commune n'ont pas suffit pour établir quelles auraient pu être leur prolongement. Mais à la lecture des débats, des décisions du peuple (centralisation ou non des prises de décision) de Paris, il est fort probable que cette expérience se serait délitée avec le temps.

    Quant à en faire aujourd'hui une imagerie populaire, je pense que nous nous trompons. Marx était lui-même critique à l'époque. Il faut dire que pour lui la société communiste ne pouvait advenir que selon un processus bien particulier, de transformation. Nous nous trompons parce que valoriser le sacrifice au nom d'une cause illusoire n'est pas la même chose que de valoriser un combat contre une mort implacable. Je pense au soulèvement du ghetto de Varsovie. Quelque part, valoriser la Commune, (et il ne s'agit pas non plus de valoriser Thiers par stupide opposition) c'est valoriser une forme de sédition face à un vote démocratique. Valorise-t-on Franco et son armée qui se sont soulevés contre le vote démocratique qui avait amené les socialistes au pouvoir en Espagne en 1936?

    On peut bien sûr regretter les fusillés, les massacres des fédérés, la sauvagerie des "Versaillais", les humiliations lorsqu'ils ont été arrêtés. On peut aussi regretter l'aveuglement des communards. Où se trouve la beauté dans le sang? Doit-on voir une filiation quasi chrétienne au sens du sacrifice? Du sang versé pour le salut?

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