Nous sommes allés à l'IMEC (Institut Mémoires de l'édition contemporaine) dans l'abbaye d'Ardenne reconstruite après les bombardements lors des journées du patrimoine avec les enfants. Je connaissais l'endroit parce que la partie aménagée est extrêmement photogénique et que j'avais vu passer quelques photos.
La mission de l'IMEC n'est pas du tout une mission de conservation de mission publique telle la Bibliothèque Nationale de France qui archive les ouvrages du passé ou les journaux par exemple. Non, son fonctionnement est privé. Le statu est un statut d'association. Le principe est que toute personne peut payer pour obtenir le droit de voir ses propres archives conservées au sein de l'IMEC. Vous, moi, cela semble possible mais je n'ai pas demandé les tarifs. Tout s'archive. Aussi bien les documents écrits, les ouvrages de certaines maisons d'édition, des enregistrements audio de médecins, des films en super 8. On nous a aussi parlé des archives d'Andrée Chédid.
Nous sommes d'abord entrés par l'arrière si l'on puis dire. Nous sommes entrés par là où les camions déchargent les palettes, sorte de hangar où arrivent pêle-mêle des boîtes au contenu divers et varié. J'ai aperçu sur le dessus d'une pile un grand porte-document portant le nom d'Alain Decaux.
Ensuite, nous ont été présentées les différentes techniques d'archivage et d'entretien.
C'est là que l'on nous a dit que, rayonnage après rayonnage, l'IMEC possédait une capacité de stockage de 27km. Curieux comme je l'étais, j'ai demandé à combien ils en étaient du remplissage. C'est là que je me suis entendu dire que les 27km (27!!!) étaient déjà remplis et qu'ils devaient faire appel à d'autres lieux. Mon cerveau a fait un tour sur lui-même pour revenir en position première (du moins je l'espère) et je crois que je n'ai rien dit tant l'information me paraissait incroyable. Tant de personnes inconnues et connues, ont payé tant et si bien que 27km de rayonnage sont occupés. J'en suis resté comme deux ronds de flan (L'expression remonterait au XVI ème siècle. Le terme "flan" désignait à cette époque de la monnaie. "Deux ronds de flan" se rapportant aux yeux ronds qu'une personne peut montrer lorsqu'elle est surprise de l'argent qu'elle détient. Merci Wikipédia)
Nous avons été confrontés à un certain vertige. Nous sommes descendus au sous-sol. Et nous avons pu apercevoir une partie de ce qui, dans notre imaginaire pourrait correspondre au fameux hangar à la fin du premier Indiana Jones, à savoir des rayonnages sur roues qui s'enchassent les uns dans les autres, non pour conserver les bijoux culturels de l'humanité mais finalement une part de la vanité humaine.
Juge et partie, les auteurs ou leurs descendants paient pour que le futur puisse avoir accès à...à quoi d'ailleurs?
L'oubli, la perte, l'essentialisation de l'oeuvre individuelle sont inhérents à la production humaine mais non son exhaustivité.
De quoi sera fait le futur? La moitité de l'humanité lira l'oeuvre de l'autre?
J'en suis vraiment resté pantois (De l’ancien français pantoier (« palpiter, frémir, haleter »), variante de pantoisier, dérivé du latin populaire pantasiare (« avoir des visions, rêver »), ce qui l’apparente à fantaisie mais aussi à panteler. L’ancien occitan a pantais (« rêve, inquiétude, trouble »), le sicilien pantasciari, « être oppressé», et le calabrais pantasiari, « inquiéter, tourmenter ». Merci Wiktionnaire.)
C'est vraiment le terme de vanité qui a conclu ma réflexion lors la visite des archives en sous-sol. Quel orgueil peut pousser à vouloir conserver (et pourtant j'apprécie la culture qui permet de construire sur ce que les autres ont pu faire ou dire) le superflu? Doit-on considérer que chacun d'entre nous doit archiver ce qu'il fait ou dit?
D'ailleurs cela pose d'emblée la question de la conservation numérique. Doit-on vouloir conserver toutes les photos numériques d'une vie, le compte facebook après la mort? Pour dire quoi? Pour en faire quoi?
En tout ca, cela en dit beaucoup sur certaines personnes qui paient pour ne pas qu'on les oublie.
Heureusement, après, nous sommes remontés dans l'abbatiale véritable réussite architecturale. D'autres photos suivront.